Paradise Papers: changeons la culture du secret !

Comme tous les citoyens, je suis profondément indigné par les révélations des Paradise Papers. Indigné, mais malheureusement pas surpris: nous savons depuis longtemps que certaines entreprises et particuliers fortunés sont prêts à tout pour ne pas payer d’impôts. Et des cabinets d’avocats qui ont pignon sur rue savent faire preuve d’une grande « créativité » pour les aider.

Le scandale des Paradise Papers a une caractéristique fondamentale: l’optimisation fiscale qu’il révèle est légale. Ça veut dire une chose, toute simple: que la loi est mal faite. C’est tout un système d’optimisation fiscale généralisée qui apparaît brutalement au grand jour. L’ampleur des révélations est vertigineuse. Toutes ces multinationales et personnalités ne sont pas des incidents isolés : nous sommes face à des pratiques organisées, planétaires, avec leurs secrets, leurs réseaux et leurs professionnels.

Comment en est-on arrivé là ? Soyons clairs : c’est l’absence de règles communes en Europe qui permet à des entreprises de jouer sur les différences entre Etats et de pratiquer l’optimisation fiscale agressive. Ce système prospère et perdure grâce aux failles des législations nationales actuelles et des divergences entre elles.

Puisqu’il s’agit d’un problème de cadre légal, il faut le résoudre par la voie légale. Et pour cela nous avons une première arme : la transparence. En trois ans la Commission européenne a fait plus progresser la transparence en matière fiscale que sur les vingt dernières années. Pour n’en prendre que deux exemples : le secret bancaire n’existe plus dans toute l’Europe depuis cette année. Quant à la taxation des bénéfices là où ils sont générés, elle limite les transferts de profits vers les pays à fiscalité avantageuse. Ce sont deux vraies révolutions fiscales, dont je suis fier. Continuer la lecture

Les populismes ne désarment pas

La vague populiste ne reflue pas.

L’année 2017 avait en apparence bien commencé. Les populistes ont essuyé un revers aux Pays-Bas. Ils ont été distancés dans l’élection présidentielle autrichienne. En France, surtout, Marine le Pen a été lourdement défaite.

Mais les optimistes auraient tort de dresser leur certificat de décès. Le dernier cycle de consultations électorales en Europe est en effet un sévère rappel à l’ordre.Cette semaine, pour la première fois depuis la guerre, l’extrême-droite a fait son retour au parlement allemand, après s’être imposée comme 3ème force politique du pays.En Autriche, l’extrême-droite du FPÖ se place en position de gouverner en coalition avec une droite durcie par un futur Chancelier ambitieux.En République tchèque, une forme de populisme antisystème triomphe. Le futur probable Premier Ministre est un milliardaire qui fait l’objet d’une enquête pour corruption et fraude fiscale, et qui s’est singularisé par son hostilité à l’égard des réfugiés et de la solidarité européenne. Continuer la lecture

Retrouvailles avec le pays de Montbéliard

« Etre l’ambassadeur de l’Europe dans son pays » : c’est la mission explicite que le Président Juncker a confiée à chaque Commissaire européen, en début de mandat.

Tant mieux. Je ne conçois pas de rester enfermé derrière mon bureau bruxellois. La place des responsables politiques – ce que sont les Commissaires – est sur le terrain, à écouter et dialoguer avec les citoyens, les entreprises et les élus locaux.

J’ai parlé d’Europe dans de nombreuses régions françaises, depuis que j’ai pris mes fonctions. En mettant l’accent sur celles qui étaient davantage menacées par la percée du Front national, que je n’ai jamais cessé de combattre durant toute ma vie politique.

Demain et après-demain, je retrouve un territoire que je connais mieux que les autres, celui avec lequel j’ai le plus d’attaches – et pour tout dire, celui qui est le plus cher à mon cœur: le pays de Montbéliard. J’y ai été élu vingt ans, y ai travaillé et vécu vingt ans. Je lui ai beaucoup donné, j’en ai beaucoup reçu. C’est là que j’ai grandi politiquement, que j’ai construit mes racines, que mes convictions ont été testées.
C’est là que j’ai vu la politique se confronter au réel, que j’ai écouté les citoyens – et parfois leur colère ou leurs inquiétudes -, que j’ai vu aussi les richesses et les ressources de nos territoires. Bref, c’est le pays de Montbéliard qui m’a donné le goût du terrain. On comprend dès lors que ces retrouvailles soient émouvantes pour moi. Continuer la lecture

La relance de l’intégration européenne : vision française contre realpolitik ?

En moins de quinze jours, deux grands discours européens ont relancé l’intégration européenne. Tant Jean-Claude Juncker, à Strasbourg, devant le Parlement européen, qu’Emmanuel Macron, à la Sorbonne, ont proposé aux Européens une vision et un projet forts pour notre continent. Ambition à moyen et long termes, propositions concrètes dans le cadre des traités actuels, nouvelles institutions plus efficaces et démocratiques, renforcement et ouverture de la zone euro, élargissement de l’Union aux Balkans, les deux discours résonnaient – avec des nuances bien comprises – d’un même accent, profondément européen et visionnaire.

L’Européen fervent que je suis attendait depuis plusieurs années de tels engagements politiques. Les Européens ont enfin repris de la voix dans un débat politique trop longtemps laissé aux populistes, aujourd’hui en repli. Le Commissaire européen que je suis se réjouit aussi des convergences – jamais aussi fortes – entre les autorités françaises et la Commission. Nous aurons beaucoup de travail ensemble et c’est tant mieux pour l’Europe.

Sauf que – me direz-vous – le peuple allemand a voté entre ces deux discours, jetant une ombre sur ce tableau étoilé. Certains se précipitent déjà pour affirmer que la future coalition sera moins pro-européenne du fait du poids du parti libéral FDP dans la future majorité et de la pression de l’AFD à la droite de l’union conservatrice CDU-CSU. En claire, la relance européenne voulue par Paris et Bruxelles ne sera pas, parce que Berlin n’en voudrait pas. C’est aller un peu vite en besogne. Je crois utile de rappeler plusieurs paramètres politiques. Continuer la lecture

Fiscalité du numérique : changeons de logiciel !

Depuis que je suis Commissaire en charge la fiscalité, je me bats pour qu’un principe simple devienne réalité : les entreprises doivent payer leurs impôts là où elles font des profits. J’ai proposé hier – au nom de la Commission – d’appliquer ce principe aux entreprises du numérique.

Quelle est la situation? Pour faire simple, on taxe aujourd’hui les entreprises qui ont des sièges, des boutiques, des employés sur le sol européen. Elles paient des impôts là où elles font des profits. Or de nombreuses entreprises du secteur digital – qui justement n’ont pas de présence physique – échappent peu ou prou à l’impôt – ou à tout le moins ne paient pas leur juste part.

Pour prendre un exemple concret : cet été, des millions de nuitées ont été réservées par les européens sur Booking. Sur chacune, la plateforme prélève une commission de 20%. Et sur chacune, elle ne paie que quelques centimes d’impôts. Les entreprises du numérique, qui réalisent des profits énormes en Europe, doivent payer leurs impôts comme toute entreprise active sur notre marché intérieur.

C’est d’abord une question de justice. Il n’y a pas de raison que certains contribuables ne paient pas leur juste part d’impôts. C’est aussi une question de pragmatisme: ces profits énormes qui échappent à l’impôt constituent des pertes de recettes substantielles pour les budgets des Etats européens. Et les opinions publiques sont extrêmement sensibles aux sujets de justice fiscale- qu’on pense au débat sur Airbnb cet été en France. Nous voulons les écouter. La Commission a donc décidé de s’attaquer à ce sujet. Et je me félicite que plusieurs Etats membres, dont la France, soutiennent cette démarche ouverte par la Commission il y a plusieurs années aux niveaux européen et international. Continuer la lecture

Speech at the Brookings Institution, Washington D.C, “Europe’s Window of Opportunity: Seizing the moment to strengthen the eurozone”

Ladies and gentlemen,

I am very pleased to join you today; thank you for inviting me. Half a year has passed since I last visited Washington and there have been many notable changes in Europe since then – both on the economic and political fronts. I would like to address some of the implications of these changes with you today.

First, economics. The euro area is today enjoying a strengthening economic upswing. It’s the fifth consecutive year of economic growth in Europe but it’s the first year in which this is really perceived by people, because the recovery is becoming solid. It has been firming and broadening across sectors and across our Member States. GDP figures for the 2nd quarter of 2017 confirm that the European economy is growing strongly and our economic growth is set to be significantly stronger than we forecast in the spring. I think that figures of around or a little above 2% are possible for 2017 – we will see when we present our forecast a few weeks from now. Unemployment is at lowest in eight years; and confidence is at its highest in a decade. A year ago, the recovery still seemed fragile and uncertain. We are now on much firmer ground. When I started sitting in the Eurogroup and attending IMF meetings five years ago, the eurozone was clearly the problem: today I really feel that we are part of the solution. Continuer la lecture

Un cap(itaine) pour l’Union

Le Président Juncker a fait hier matin au Parlement européen son troisième discours sur l’état de l’Union. Ce grand rendez-vous annuel cache, sous un certain formalisme, un exercice de haute volée, dont il s’est acquitté avec brio : l’enjeu est de donner le cap politique pour l’Europe. Il s’apparente un peu en France au discours de politique générale du premier ministre devant le parlement, ou au discours du président américain devant le Congrès. Il s’agit de partager non pas le détail de futures mesures, mais de présenter une vision, de se poser en capitaine, et de donner une direction politique d’ensemble.

Je souscris pleinement à celle présentée aujourd’hui par Jean-Claude Juncker : une Europe humaine, une Europe qui protège, une Europe plus démocratique, et une zone euro renforcée.

L’Europe humaine continue de se soucier des réfugiés qui se pressent à ses portes et mettent en péril leur vie pour atteindre son sol. Jean-Claude Juncker a réaffirmé la centralité du principe de solidarité dans la gestion européenne de la crise des réfugiés : solidarité avec les Etats-membres les plus exposés aux nouvelles arrivées, à commencer par l’Italie, mais aussi envers ceux, dans notre voisinage, qui accueillent des millions de déplacés. Continuer la lecture

My speech at the Ambrossetti Forum : the future of the euro

Ambrosetti Forum – Panel on “The future of the euro” – introductory remarks

Dear fellow panelists [Clemens Fuest, Jeroen Dijsselbloem, Nouriel Roubini – Wolfgang Schüssel],

Ladies and gentlemen,

Let me start by underlining the first implication of this panel’s title: it is that the euro doesindeed have a future. Many questioned this simple truth just a few short years ago!

But I am convinced that the euro area will only have a truly bright future if we address three burning political issues: the lack of democracy in its decision-making structures; the need to ensure that a future European Monetary Fund is successfully built on democratic principles; and the economic and social divergences creating a dangerous political divide between countries.

I would like to share with you my assessment of these challenges and my ideas for tackling them. Continuer la lecture